« Que la gloire des vôtres allège votre peine ; seul l'amour de la gloire ne vieillit pas et, dans la vieillesse, ce n'est pas l'amour de l'argent, comme certains le prétendent, qui est capable de nous charmer, mais les honneurs qu'on nous accorde. » Périclès, Oraison Funèbre, XLIV, 430 Av JC.

Buste de Périclès
494 av JC Athènes, 429 av JC Athènes
PERICLES, immense homme d’état athénien, est considéré comme le plus grand promoteur de la démocratie en son temps, mais également du notre. C’était aussi un stratège d’origine aristocratique mais viscéralement attaché à la notion de peuple, de loi, et de liberté. Nous pouvons voir en lui le symbole et l’héritage culturel de notre Civilisation Occidentale. Lors de son Oraison Funèbre, prononcée en 430 av. JC peu avant le début de la guerre et dont le texte est présent dans Histoire de la guerre du Péloponnèse, écrite par Thucydide, le grand historie et contemporain de Périclès. Lors de cette oraison, il prononça des paroles qui résonnent encore plus justement 2500 ans plus tard. Parmi celles-ci :
XXXVI. - "Je commencerai donc par nos aïeux. Car il est juste et équitable, dans de telles circonstances, de leur faire l'hommage d'un souvenir. Cette contrée, que sans interruption ont habitée des gens de même race, est passée de mains en mains jusqu'à ce jour, en sauvegardant grâce à leur valeur sa liberté. » Périclès commence par rappeler aux athéniens la raison de leur fierté envers leur cité et leur culture.
XXXVII. - "Notre constitution politique n'a rien à envier aux lois qui régissent nos voisins ; loin d'imiter les autres, nous donnons l'exemple à suivre. Du fait que l'État, chez nous, est administré dans l'intérêt de la masse et non d'une minorité, notre régime a pris le nom de démocratie. En ce qui concerne les différends particuliers, l'égalité est assurée à tous par les lois ; mais en ce qui concerne la participation à la vie publique, chacun obtient la considération en raison de son mérite, et la classe à laquelle il appartient importe moins que sa valeur personnelle ; enfin nul n'est gêné par la pauvreté et par l'obscurité de sa condition sociale, s'il peut rendre des services à la cité. La liberté est notre règle dans le gouvernement de la république et dans nos relations quotidiennes la suspicion n'a aucune place […]» Pour Périclès, l’égalité, la liberté, et la méritocratie sont des éléments fondateurs d’Athènes, qu’il considère comme « l’école de la Grèce ».
XXXVIII. - "En outre pour dissiper tant de fatigues, nous avons ménagé à l'âme des délassements fort nombreux ; nous avons institué des jeux et des fêtes qui se succèdent d'un bout de l'année à l'autre, de merveilleux divertissements particuliers dont l'agrément journalier bannit la tristesse. » Encore une fois il témoigne d’un soucis constant du bien être du peuple. Nous sommes frappés par la proximité de pensée du stratège athénien et de notre culture. Pour lui, il est clair que la vie dans la cité doit provoquer un bien être passant par le plaisir entre les individus et il sera l’atout majeur de la culture dans la cité athénienne et développera l’apport des artistes présents à ses côtés tels des Sculpteurs, des Philosophes, des Auteurs de tragédies…
XXXIX. – « Nous fondons moins notre confiance sur les préparatifs et les ruses de guerre que sur notre propre courage au moment de l'action. En matière d'éducation, d'autres peuples, par un entraînement pénible, accoutument les enfants dès le tout jeune âge au courage viril ; mais nous, malgré notre genre de vie sans contrainte, nous affrontons avec autant de bravoure qu'eux des dangers semblables. » Il exalte la force du peuple athénien sans faire l’éloge de la brutalité et de la Guerre des ruses. Sans raison de faire la Guerre, les athéniens possède l’arme la plus destructrice pour leurs ennemis, « la bravoure ».
XL. – « Nous savons concilier le goût du beau avec la simplicité et le goût des études avec l'énergie. Nous usons de la richesse pour l’action et non pour une vaine parade en paroles. Chez nous, il n'est pas honteux d'avouer sa pauvreté ; il l'est bien davantage de ne pas chercher à l'éviter. » La culture est toujours présente mais également la bravoure au quotidien. Le guerrier rappelle l’importance de la « simplicité » que doit témoigner le citoyen ainsi que de son ardeur à étudier. Il n’est pas pensable pour lui d’évoluer dans une société ou le peuple serait laissé inculte, et sans le devoir de s’instruire, c’est pour les athéniens, une très grande fierté : « Voici donc en quoi nous nous distinguons : nous savons à la fois apporter de l'audace et de la réflexion dans nos entreprises. Les autres, l'ignorance les rend hardis, la réflexion indécis. »

Profil de Périclès, le casque
toujours vissé sur le crâne dû
à une déformation de ce dernier
XLI. – « Nous avons forcé la terre et la mer, entières, à devenir accessibles à notre audace, partout nous avons laissé des monuments éternels des défaites infligés à nos ennemis et de nos victoires. Telle est la cité dont, avec raison, ces hommes n'ont pas voulu se laisser dépouiller et pour laquelle ils ont péri courageusement dans le combat ; pour sa défense nos descendants consentiront à tout souffrir. » En effet, à cette époque, Athènes n’éclaire pas le monde uniquement par sa culture, son modèle de société et ses philosophes, mais également par sa puissance militaire acquise par les connaissances scientifiques et stratégiques sur terre comme sur mer. Leurs victoires sont écrasantes, même s’il avait rappelé peu avant qu’Athènes peut également connaître ci et là des défaites mais dont ses ennemis ne se vantent guère du fait du contingent déployé sur ces terrains. Il termine par le rappelle du devoir de tout bon athénien voulant conserver sa liberté et le souvenir de ses valeureux aïeux.
XLIII. - […] pour un homme plein de fierté, l'amoindrissement causé par la lâcheté est plus douloureux qu'une mort qu'on affronte avec courage, animé par l’espérance commune et qu'on ne sent même pas. » Sont ici soulignés l’esprit de liberté qui animait leurs aïeux, et la défense de leurs valeurs communes. L’individu est constamment ainsi que la vie en société est à chaque fois relevé. Nous ne sentons pas ici la hargne guerrière où règne souvent le lavage de cerveau de certains peuples envahisseurs usant pour « motiver » leurs troupes de stratagèmes psychiques empreint de peur voir même de l’esclave. Ici tout est dans la réflexion personnelle matérialisée par une réflexion de groupe.
Le dilemme de Périclès datant d’environ 2500 ans est celui de tous les peuples libres de l’Histoire, et à fortiori de l’Occident et dans des temps très présents :
Comment montrer les bienfaits de la Liberté, qui semblent malheureusement être des acquis (droits)? Comment faire comprendre aux citoyens la nécessité de consentir à des sacrifices (devoirs) au nom de cette Liberté. Enfin, comment une société ou ses concitoyens bénéficient des plaisirs de la vie privée peut elle mettre en échec d’autres sociétés plus guerrières, plus belliqueuses, plus menaçantes et dont les combattants désirent plus ardemment que jamais mourir dans leur combat pour des raisons obscures?
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