Lu sur l'excellent site GOP France Les Français sont victimes d'un enfermement Séjournant dans l’Ouest américain depuis quelques semaines, j’ai repris contact avec la réalité française par le biais d’Internet. Il faut, je le pense, la distance pour comprendre. Vue de Los Angeles, la vie dans une grande ville de « l’Hexagone » ressemble à une plongée dans une oppressante folie. Les rues, déjà étroites, sont rendues plus étroites encore par des blocs de béton, des faux trottoirs, des files de bus matérialisées, des poteaux et des barrières métalliques. Les encombrements font partie du quotidien à toute heure de la journée. La rudesse, l’impolitesse et l’agressivité sont d’une effroyable banalité. La police a tous les droits, à commencer par celui de contrôler intempestivement les identités et de transformer tout innocent en coupable qui s’ignore. Au fil des nouvelles, on découvre la mise en circulation de vélos gratuits qui, dit un journaliste, font des « envieux », et qui sont sans doute très pratiques pour emmener des enfants à l’école un jour de pluie. Si on scrute les nouvelles politiques, cela devient ubuesque. Ce sont les autorités qui décident des dates des « soldes ». Abaisser les impôts à 50 % grâce à un « bouclier fiscal » est présenté comme une « injustice sociale » et comme un « cadeau fait aux riches ». L’autorisation de travailler la nuit ou le dimanche fait l’objet de débats polémiques. Et que dire en parallèle des programmes de télévision prévus pour juillet-août ! On pourrait croire que tous les Français sont censés mettre leur intelligence aux abonnés absents pour ne s’intéresser qu’aux concours de pétanque, à la musique débile et au pastis à prendre au camping du coin. J’ai regardé un journal télévisé de France 2 et l’actualité internationale était réduite à la portion congrue. Ce qu’on disait sur l’Irak, sur les États-Unis ou sur le Proche-Orient relevait d’un médiocre prêt-à-penser sans la moindre lueur d’analyse. C’est pour échapper à tout cela que je m’esquive de France de plus en plus souvent et que je prends mes dispositions pour que l’esquive soit définitive. Tout en discernant la différence qui sépare la vie que je mène outre-Atlantique de celle que je mène en France, je ne puis, aussi, qu’éprouver une forme de compassion pour ceux qui ne connaissent que la vie en France. Je pense à une affiche d’il y a vingt ans et qui disait à propos d’enfants qui avaient grandi sous Mitterrand : « ils n’ont connu que le socialisme ». Mais le socialisme règne toujours en ce qu’il a de plus lugubre. Il imprègne tout dans le pays, strictement tout. Et c’est pour cela que tout en vient à ressembler à une mort lente. Je parle de compassion : trouver normale la quotidienneté française et son atmosphère d’asphyxie médiocre ne fait pas échapper à l’asphyxie et à la médiocrité. On vit petitement, docilement. On s’aigrit. On vieillit de façon précoce. On apprend à renoncer. On finit par croire qu’on pense par soi-même en répétant les âneries qu’on entend dix fois par jour. J’ai fait plusieurs fois le tour du monde. Je suis passé par l’Afrique subsaharienne, le Maghreb, l’Iran, la Russie et cent autres contrées désolées, et je sais qu’il y a pire que la France. Je sais aussi qu’il y a mieux. Je n’ignore pas que la plupart de ceux qui me lisent n’auront pas l’occasion de passer plusieurs mois par an du côté de Los Angeles. Je n’ignore pas que certains iront dans l’Ouest américain trop peu de temps pour se défaire de leurs stéréotypes et regarder autour d’eux. Ma seule ambition, en ces chroniques, ces dernières années, a été de dire à ceux qui me lisent que la vie, cela peut être autre chose et peut ressembler au grand large et aux bras ouverts, que la liberté, cela peut fonctionner ; que rendre le quotidien plus pénible n’est pas inéluctable ; que l’arbitraire n’est pas une fatalité ; que la libre entreprise et le libre choix peuvent rendre heureux ; et que, pour déchiffrer la planète, il vaut mieux éviter de lire « Le monde » et de regarder les chaînes de télévision françaises. Je ne prétends pas avoir réussi. Les courriers de lecteur qui me contredisent en citant Colombani, Plenel et autres auteurs rances dans le texte, et qui se désabonnent pour être sûrs de vivre l’esprit fermé, me montrent même mes échecs. J’ai fait ce que j’ai pu. Je souhaite du courage à Sarkozy. Le soleil se couche sur le sable de Venice Beach. Je vais prendre la freeway et partir dormir sous les palmiers d’Anaheim. Guy Millière - mercredi 18 juillet 2007
Les talibans - un autre monde.. |
Page d'accueil
| Manipulations journalistiques..
|